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Journaliste spécialisée affaires européennes. Aujourd'hui chef de rubrique en presse professionnelle dans le design mobilier et les nouvelles technologies. Souhaite travailler dans la presse grand public.
Après avoir vécu un an à Bruxelles pour connaître
Récit haut en couleurs d’une nuit dans une boîte parisienne. Deux journalistes, une noire, une blanche, invitées au Mandala Ray par un des patrons. La Tour Eiffel scintille. Il est vingt-deux heures. Je rejoins une amie Pont Cardinet. Elle a pris le dernier train de Levallois. Nous nous engouffrons dans un taxi, direction le triangle d’or, autrement dit, le quartier des boîtes chics parisiennes. Dans la voiture qui nous emmène, elle me donne des détails sur la soirée que nous allons passer. Le mec qui l’a invité au Mandala Ray (anciennement le Man Ray) en est le patron. Il ne se doute pas de notre identité de journalistes. Je ne mentionnerais pas son nom, mais si vous le voulez, je peux vous le communiquer par email. Elle l’a rencontré dans un show-room de meubles asiatiques dont je tairais également le nom. Il lui avait donné sa carte en lui disant qu’il aurait plaisir à l’inviter un soir à dîner dans sa boîte. Elle l’appelle vendredi, il l’invite pour le samedi. Elle dit qu’elle vient avec une amie, moi.
Dans le taxi, je lui indique que tenir la chandelle n’est pas vraiment à mon goût, elle me rassure en me disant que cet homme ne lui plaît pas. Nous ne sommes là que pour passer une bonne soirée, tous frais payés, une fois n’est pas coutume. Soit. Arrivées au Mandala Ray, nous sommes accueillies très froidement par le patron en question que j’appellerais Roger. Quelque peu dubitatives, nous acceptons tout de même son invitation à nous asseoir près du bar. Il commande pour nous. La cinquantaine, chemise blanche ouverte sur une poitrine touffue et grisonnante, l’archétype de la vulgarité des nuits parisiennes. Au lieu de rester à discuter avec nous, Roger passe son temps à naviguer entre le bar et le restaurant. Ne voulant pas abuser de son hospitalité, nous ne commandons que deux verres et une assiette d’entremets chinois. Nous passons la soirée toutes les deux, amusées de voir les gens défiler dans des tenues pour le moins désavantageuses. Notamment, une femme noire habillée frugalement qui déambule dans les couloirs les yeux perdus dans le vague. Vers minuit, l’ambiance commence à monter. Notre hôte nous demande si nous sommes partantes pour danser, la salle du restaurant en bas ayant été débarrassée de ses tables. Nous acquiesçons. Avant de descendre, il nous présente un ami à lui. La soixantaine, même chemise ouverte, même poils débordants, à croire que des panoplies ont été vendues en nombre dans les années 80. Il nous inquiète quelque peu ce bonhomme, déjà que Roger ne nous rassure pas des masses. D’autant plus qu’il nous force à lui faire la bise… A ce moment précis, une furieuse envie de déguerpir s’empare de moi. Je me retiens, curieuse de découvrir quelque chose de plus étonnant. Puis, Roger, toujours, nous présente cette femme noire dont nous nous étions moquées quelques minutes auparavant. Médusées, nous lui adressons un léger bonsoir réalisant à quel point ses yeux perdus étaient dus à une consommation abusive de coke.
Face à un réseau de filles noires
Mon amie se tourne vers moi, effrayée. Je lui renvoie un regard tranquille, nous sommes deux, rien ne peut nous arriver. Puis, nous descendons vers la piste de danse. Roger nous indique une table. Nous nous y rendons. Là, stupeur. Ladite table était remplie d’une dizaine, voire plus, de femmes noires toutes bien habillées, voire très apprêtées. Roger nous demande de nous joindre à elles. D’un coup, nous comprenons tout. Nous regardons une dernière fois notre hôte pour lui signifier que nous désapprouvons, puis marchons vers l’autre extrémité de la salle. Nous sommes déboussolées. Mon amie a du mal à contenir sa colère. Je la calme en lui notifiant que cela ne valait pas la peine de se gâcher la soirée entière. Nous pouvons profiter toutes les deux de cette boîte, sans pour autant nous sentir redevables de cette saleté. Nous nous mettons à danser. Puis, la femme noire que Roger nous avait présenté se joint à nous. Je commence à la questionner. « Tu viens souvent ici ? » « Non, c’est seulement la troisième fois, mais ce soir, je suis un peu déçue, mon petit ami n’est pas très présent. » « Qui est-il ? » « Il travaille ici. » « C’est Roger ? » « Oui, tu le connais ? ». Mon sang ne fait qu’un tour. Cet homme serait donc à la tête d’un réseau de prostitution. Où sommes-nous tombées ? Je remonte vers le bar, laissant mon amie discuter avec cette femme. Mon amie est noire, elle devrait réussir à récolter plus d’informations que moi. Au bout d’un moment, elle me rejoint et m’intime de partir. J’accepte. Dans le taxi du retour, elle me raconte sa discussion avec l’autre femme. « D’où viens-tu ?» lui demande-t-elle. Mon amie lui répond : « De Nouvelle-Guinée, et toi ? » « De Guadeloupe ? Que cherches-tu ici ? » « Rien, je suis venue danser avec une amie ». « Tu es sûre ? Tu n’as pas besoin d’argent ? Je peux t’en donner. Roger peut t’en donner ». A ce moment, mon amie a indiqué qu’elle comptait partir. La fille a insisté pour boire un verre avec elle. Elle a refusé puis est montée me chercher.
Le lendemain
Le lendemain, je raconte cette histoire à un ami flic qui m’explique que ce genre de prostitution est monnaie courante dans le milieu de la nuit. Ce que je savais déjà. Mais se retrouver en plein dedans, visée, laisse pantois. Il m’explique que chaque week-end, des policiers en civil pénètrent ces boîtes, mais ils ne constatent que rarement des délits de proxénétisme. Pour choper ce genre de mac, il faut qu’il y ait flagrant délit. Pour qu’il y ait flagrant délit, il faut preuve de passation d’argent de la prostituée au mac. Dans ce cas de figure présenté, la prostitution ne peut être établie, d’ailleurs, ces deux hommes, Roger et le soixantenaire, ne font peut-être que profiter de la naïveté de ces femmes et de leur besoin d’argent et de drogues. Peut-être abusent-ils d’elle sans leur donner d’argent en retour. Peut-être les invitent-ils en boîte et les arrosent de champagne pour qu’elles se sentent redevables et leur offrent leurs faveurs en fin de soirée… Tout est envisageable. Il n’empêche que réunir autant de femmes noires à une même table et proposer à ses amis mâles de les rejoindre au fur et à mesure ne me dit rien qui vaille. A ce propos, un coup de fil le lendemain à mon amie s’imposait. Elle m’a expliqué à quel point elle s’était sentie meurtrie que cet homme la considère comme une potentielle prostituée qui allait accepter de se soumettre à son bon plaisir parce qu’il lui avait offert un verre ou deux. Blessée parce qu’il l’avait choisie pour sa couleur de peau. Si elle avait été blanche, il n’aurait pas levé les yeux sur elle. D’ailleurs, il ne m’a jamais accordé un regard. Blessée que sa couleur puisse autant la desservir… Je ne tiens pas à passer pour une ingénue dans cette histoire. Je suis au courant de ce qui peut se passer dans une boîte de nuit, simplement, nous nous sommes retrouvées confrontées malgré nous à un milieu puant, dégouttant, salissant, alors que nous n’attendions qu’un dîner sympathique avec un homme qui draguait mon amie et l’invitait naturellement à passer une soirée agréable. Pourquoi ai-je tenu à vous faire part de ce témoignage ? Parce que d’une simple invitation à dîner peut découler une multitude de possibilités. Celle que nous avons rencontrée samedi 15 avril arrive tous les jours, à beaucoup de jeunes filles. Parce que le spectacle auquel nous avons assisté ce soir-là se fondait parfaitement dans le décor.
Waouh, annabel, cet article est génial.
Bravo et merci.
Jack.
Commentaire n°1
posté par
Jacques
le 25/04/2006 à 17h07
ça me donne envie de retourner au man ray...
Commentaire n°2
posté par
blackwomen_lover
le 29/04/2006 à 20h22
Je crée actuellement des sites d'information concernant l'Europe et la culture, j'aurais voulu pouvoir en discuter avec vous, savoir aussi dans quelle mesure vous pourriez vous intéresser à ces démarches.
Commentaire n°3
posté par
Etienne
le 05/03/2007 à 14h08
Bravo et merci.
Jack.
ça me donne envie de retourner au man ray...