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Journaliste spécialisée affaires européennes. Aujourd'hui chef de rubrique en presse professionnelle dans le design mobilier et les nouvelles technologies. Souhaite travailler dans la presse grand public.
Après avoir vécu un an à Bruxelles pour connaître
A la question, le design est-il de l’art, difficile d’apporter une réponse claire et tranchée. Le salon du meuble de Paris a tenu, pour sa quarante-septième édition, à ouvrir le débat. Est-ce la rareté qui transforme les produits de design en œuvres d’art ? Est-ce la médiatisation faite autour des designers qui les porte au rang de créateurs ? Comment en une vingtaine d’années, le design est-il parvenu à tant faire parler de lui ?
Parler de design aujourd’hui est aussi courant que de discuter du dernier film de Besson. Depuis une petite vingtaine d’années, le design est à la mode, toute la presse en parle, même grand public. Philippe Starck a lancé le concept du design pour tous, et aujourd’hui des personnalités comme Matali Crasset reprennent son flambeau. Comme l’explique Gilles de Bure, journaliste spécialisé dans le design, le simple fait de se poser la question démontre que beaucoup de choses se sont modifiées au fil des ans. Il a par ailleurs cité une anecdote illustrant la question le design peut-il être considéré comme de l’art. Voilà trente ans, Gilles de Bure travaillait au Centre Pompidou : « Un de mes amis m’emmène un jour voir le travail de Diego Giacometti, le frère d’Alberto, rue du Moulin Vert à Paris. Je regarde ses objets, ses meubles et je tombe à la renverse car je venais de découvrir un véritable créateur dont le génie avait été occulté par celui de son frère. Je rentre au Centre, cours chercher mon patron en l’implorant d’exposer cet artiste et il me répond : mais enfin vous n’y pensez pas, ce n’est pas du design, c’est de l’art. Je me déporte jusqu’au bureau du Directeur du musée national d’art moderne du Centre Pompidou qui me rétorque : tu n’y penses pas, ce n’est pas de l’art, c’est du design ! Aujourd’hui, Diego Giacometti est exposé partout, ne serait ce jusque dans les couloirs du musée Picasso, où nous pouvons admirer son travail dont nous nous fichons éperdument de savoir si c’est de l’art ou du design puisqu’il s’agit d’un véritable travail d’auteur ».
Dix ans plus tôt, en 1966, ses rédacteurs en chef lui demandaient de trouver un autre mot que le mot design, le trouvant trop vague et surtout trop empreint de nouveauté. A cette époque, les revues d’art n’accordaient pas une ligne à ce que nous appelons aujourd’hui design. Aujourd’hui, en feuilletant le numéro de décembre de Beaux Arts Magazine, près de 25 pages sont consacrées au design, soit 18 % du magazine. La réalité du marché a fait rentrer le design dans les magazines.
Un marché structuré autour de la rareté
Selon Philippe Jousse, galeriste spécialisé dans le design des années 1980, le marché a commencé à se structurer voilà une vingtaine d’années. Les designers ont commencé à se faire un nom et leurs créations à se vendre à prix d’or. Les créateurs réalisent que les pièces fabriquées dans les années 1970 et 1980 se vendent aujourd’hui au même prix que des œuvres d’art aux enchères. A l’époque, personne n’aurait envisagé l’envergure de ce phénomène. Comment a-t-il été possible dès lors d’atteindre une notoriété pareille ? La réponse pourrait se trouver dans le fait que la rareté des pièces a déplacé le design vers un marché d’art, même si la mission de l’artiste n’est pas celle du designer. Ce déplacement a été opéré suite à l’impossibilité pour les éditeurs de fabriquer des meubles en grande quantité. Les pièces sont donc restées à l’état de prototype, construisant par la force des choses le phénomène de la rareté, selon Didier Krzentowski, directeur de la galerie Kreo.
Matali Crasset a d’ailleurs salué les éditeurs engagés à juste titre qui n’hésitent pas à risquer d’éditer des meubles en quantité suffisante pour participer à une diffusion plus conséquente. L’engouement pour le design, mis à part le fait que la rareté permet de l’assimiler à de l’art, n’est pas anodin. Il s’agit d’un marché en perpétuelle évolution, les consommateurs sont plus vite séduits par du mobilier contemporain (années 1970 à 1990 incluses) que par du mobilier du XIXème siècle. Aujourd’hui, le client lambda préfère le confort à l’esthétique. Accélération du temps. La succession et la multiplication des centres d’art, des galeries, des vecteurs de connaissance du design alimentent une offre qui prend de l’importance. L’offre rencontre à un moment ou à un autre la demande, la notoriété du design est née. Gilles de Bure développe : « Si nous assistons à une concomitance de considération entre art et design, c’est au fond d’une certaine manière, grâce à l’organisation de la rareté. Quand les pièces d’art passent en vente, elles sont cédées à des prix exorbitants. Dès lors, le même principe est appliqué aux pièces de design en essayant de les faire apparaître comme uniques ou quasi uniques, éditées à très peu d’exemplaires. Ce phénomène s’inscrit dans une logique qui veut que derrière chaque pièce se cache un auteur ou un artiste. Les pièces ne peuvent dès lors se vendre qu’à des prix élevés. L’ouverture de la galerie rue Louise Weiss à la fin des années 1980 traduit les balbutiements d’une rencontre entre art et design. Elle a été l’intuition de ce que le marché est devenu. Cependant, aujourd’hui, se pose une question : avec la possibilité d’industrialisation dont nous disposons aujourd’hui, comment est-il possible de continuer à créer de la rareté ? Didier Krzentowski répond simplement que dans sa galerie, 70 % de ses fabricants sont des prototypistes et ne manifestent pas l’envie de rentrer dans un système non artisanal.
Raconter une histoire
Pour le designer et architecte d’intérieur Christophe Pillet, le design peut être assimilé à de l’art aujourd’hui parce que « Le design était considéré pendant longtemps comme un métier de spécialistes et les spécialités se définissaient par des pratiques. Un designer faisait partie de chaîne industrielle, à ce titre, il était apprécié en fonction de sa capacité à gérer une pratique. Nous nous adressions à tel designer car il était le spécialiste des chaises modulables, tel autre pour autre chose etc… Aujourd’hui, les pratiques existent toujours, cependant, les domaines se sont tellement élargis et complexifiés que plus personne n’est capable de maîtriser l’ensemble des compétences. Ce qui est demandé à un designer actuellement c’est de raconter des histoires pour donner un point de vue. Ceci est assez proche de ce que nous apprécions chez un artiste, il n’est plus considéré comme un simple praticien. Il devient naturellement un inventeur. Ainsi, des territoires très scindés ordinairement, se rapprochent, se superposent, formant des zones un peu floues. Les auteurs sont appréciés pour leurs produits, en art comme en design. L’effondrement des barrières des pratiques permet à un designer de faire de l’architecture, à un architecte de pratiquer la photographie et ainsi de suite. Aujourd’hui, la direction artistique a pris de l’essor, les artistes donnent leur point de vue, ils ont une responsabilité du goût sur les choses. L’axe créatif se dématérialise au profit de l’intelligence créative ». Si la mode du design n’a de cesse de croître, cela est probablement dû, comme l’affirme Christophe Pillet, au fait que l’élargissement du design au monde de l’art concerne l’actualité et correspond à une conjonction d’actes simples. Beaucoup d’artistes se réfugient dans le monde du design par peur d’affronter celui de l’art. Le degré d’initiation requis pour apprécier une pièce de design est bien moindre que pour une œuvre d’art. De plus, ce domaine permet d’éviter de rentrer dans le circuit très fermé des galeries, rituel intellectuel quelque peu déroutant. Le design peut se retrouver dans nos hypermarchés. Malgré cette interprétation, certains galeristes restent réfractaires à l’idée que le design puisse s’assimiler à de l’art. ainsi, Philippe et Nicolas Jousse (père et fils) de la galerie Jousse Entreprise continuent à considérer le design comme la normalité qui se doit de rester à la portée de tous les usages. L’importance qu’a prise le design ces dernières années ne lui permet toujours pas d’accéder au rang d’activité artistique. Le débat suit son cours…
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