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  • : Journaliste spécialisée affaires européennes. Aujourd'hui chef de rubrique en presse professionnelle dans le design mobilier et les nouvelles technologies. Souhaite travailler dans la presse grand public. Après avoir vécu un an à Bruxelles pour connaître
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Samedi 18 novembre 2006
L’entreprise a désormais droit de séjour à l’école, comme le démontre un instituteur bruxellois qui dispense des cours de création d’entreprises à des élèves âgés de dix à onze ans. Surprenant ? Pas pour la Commission européenne qui a récemment défendu un projet visant à promouvoir l’esprit d’entreprise dès l’école primaire. L’Europe des jeunes dirigeants ferait ses premiers pas…


« Si ma maman n’a pas acheté d’actions dans notre mini-entreprise, elle peut quand même venir à l’assemblée générale ? » demande Kimberley, dix ans et demi. « Non, seuls les actionnaires et les membres de l’entreprise peuvent participer à une AG », rétorque en souriant Paul De Groote, instituteur à l’école primaire Prince Baudoin, à Woluwé Saint Lambert, commune bruxelloise.
Des échanges amenés à se banaliser dès le plus jeune âge… C’est en tout cas ce que nous pouvons d’ores et déjà entendre lors d’un cours sur le fonctionnement d’une entreprise dans une école primaire. Les élèves ont au maximum onze ans et bénéficient de quatre heures de cours par semaine sur l’entreprise. Ils parlent d’actions, de bénéfices et de factures, comme d’autres récitent leurs leçons d’histoire et de géographie. Quatre heures de cours sous forme de travaux pratiques et d’échanges spontanés, autour d’un vocabulaire inédit quoique souvent abstrait. Il s’agit, en réalité, plus d’une découverte de l’esprit d’entreprise qu’un cours théorique classique.
« Les enfants, sortez de quoi écrire, vous allez rédiger trois lettres. La première invite les autorités de la commune à l’avant-première de la pièce de théâtre que vous jouerez à la fin de l’année. La deuxième s’adresse aux actionnaires… », continue l’instituteur. Dans cette école, jouer une pièce de théâtre n’est pas un simple divertissement. Autour de ce prétexte, Paul De Groote a décidé de créer une mini-entreprise dont les élèves sont les acteurs principaux. Pour financer ce projet, lesdits écoliers ont dû parcourir les rues avoisinantes pour vendre les actions de l’entreprise aux commerçants du coin, cinq euros l’action, sous la forme d’un petit ticket blanc. Ce budget participe à la location d’une salle de théâtre, l’achat de costumes, l’envoi des invitations, etc. Afin de convaincre les parents de la pertinence de ce projet, Paul De Groote a dû lier pédagogie classique (vérification de l’orthographe, de la grammaire lors de la rédaction de lettres, par exemple) à enseignement pratique. Sa mission s’intègre parfaitement dans le projet de la Commission européenne en date du 13 février 2006 visant à insuffler l’esprit d’entreprise aux élèves dès l’école primaire.


Quand l’Union Européenne s’en mêle

A l’occasion de la présentation de ce projet, Günter Verheugen, vice-président de la Commission et responsable des entreprises et de l’industrie, a déclaré récemment qu’il faut : « encourager les jeunes Européens à devenir les chefs d’entreprise de demain. Nous devons adopter une ligne de conduite systématique à l’égard de la formation à l’entreprenariat, dès l'école primaire et jusqu’à l'université ». L’Europe se trouve à moins de quatre ans du bilan final de la stratégie de Lisbonne visant à faire de l’Union européenne l’espace économique le plus compétitif au monde en dix ans. Seulement, le bilan à mi-parcours, en 2005, s’est révélé très décevant, le paysage économique européen n’ayant pas foncièrement évolué ces cinq dernières années. Après avoir insisté sur le développement des technologies de l’information et de la communication, sans grand succès, nos gouvernants européens tablent sur les jeunes. Pour justifier cette décision, la Commission certifie que « la capacité de l’Europe à relever les défis de la compétitivité et de la croissance dépend de la volonté de stimuler l’esprit d’entreprise par l’éducation et l’apprentissage. Les initiatives cohérentes de ce genre sont encore trop rares. Pourtant il existe des exemples de bonnes pratiques en Europe. La difficulté consiste à les étendre au plus grand nombre ».

L’intérêt n’est pas l’argent

La Belgique compterait donc parmi les bons élèves.  Elle a été, avec la Suisse, un des premiers pays européens à importer des Etats-Unis l’idée de l’entreprise enseignée à l’école. Créé en 1930 à New York, le programme Junior Achievement s’est très peu répandu en Europe, l’entreprise restant le pré carré des adultes, la notion d’argent ne devant pas infiltrer le monde des enfants, selon les règles sociétales imposées jusque-là. La Belgique commence à s’émanciper de ce tabou. Si le phénomène traverse nos frontières, comme le souhaite la Commission européenne, la France accepterait-elle de voir ses bambins manipuler dès leur plus jeune âge les notions d’argent et de transactions ou rejetterait-elle cette idée tout droit venue d’outre-Atlantique ? Inculquer l’esprit d’entreprise à un âge où l’insouciance est un bien que nos sociétés ont mis du temps à obtenir ne serait-il pas une régression ? La réponse n’est pas si évidente… La récente initiative de Thierry Breton de créer un Conseil pour la diffusion de la culture économique (le CODECI), que Claude Perdriel présidera, va distinctement dans le sens de la promotion de l’esprit d’entreprise inculqué aux gamins. En effet, notre ministre de l’Economie et des Finances attend de ce Conseil qu’il propose des actions concrètes auprès des entreprises, de l’Education Nationale et de la formation professionnelle pour rendre plus familiers aux jeunes le monde de l’entreprise et les métiers exercés en rapport. L’exemple de la Belgique lui serait-il apparu comme un début de réponse pour combattre l’inertie française dans ce domaine ? Côté belge, enseigner l’entreprise aux écoles primaires est toujours bien vu. A écouter Fabienne Baise, responsable de la communication pour l’association belge Les Jeunes Entreprises, « l’esprit d’entreprendre, c’est d’abord un comportement. Curiosité, esprit d’initiative, d’équipe, responsabilisation… Les enfants possèdent toutes ces compétences transversales, mais les cours classiques font rarement appel à elles ». Pour Fabienne Livens, institutrice et porteuse du projet de mini-entreprises, l’intérêt n’est pas l’argent. « Les enfants ne retiennent pas cela à la fin de l’année. Si la mini-entreprise enregistre des pertes, personne ne les sanctionne. Qu’on ne vienne pas dire que le but est de faire de l’argent », ne manque-t-elle pas de marteler.
« En Belgique, le savoir prime dans l’enseignement. Je me bats depuis des années pour que le savoir-faire trouve enfin sa place. L’année prochaine, je projette d’ouvrir une boutique dans une école primaire, entièrement gérée par les élèves de la communauté française, mais tout se fera en néerlandais », explique Paul De Groote. Ainsi, le savoir s’alliera au savoir-faire…
Cependant, ce passionné de la débrouillardise devra continuer à faire des pieds et des mains pour convaincre d’autres écoles et parents d’élèves, qui manifestent ouvertement, selon lui, leurs réticences quant au bien-fondé d’une telle éducation.
Couchée sur le papier, l’idée de l’entreprise à l’école est loin de remporter tous les suffrages. Pourtant dans la pratique, rien ne semble porter préjudice à ces enfants, qui considèrent finalement ces cours comme un divertissement. Espérons tout de même que les bons points ne se transforment pas en stock options pour les plus méritants.

Annabel Benhaiem

Par Annabel - Publié dans : vivaeuropa
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